Critique presse de Marion Mayer

14/08/2018

Imaginez... Vous entrez dans la petite salle du théâtre Clavel. Sur scène, une jeune femme (Emilie Bouyssou) joue « au papa et à la maman » avec des marionnettes. Autour d'elle, trois comédiens sous des moustiquaires. Vous entrez dans le conte de Peter Pan.

« J'aime cette idée de partir avec rien, si ce n'est le corps des comédiens », confie Gwendoline Destremau, 20 ans, metteur en scène de la pièce Peter Pan, méfiez-vous des enfants tristes. En effet, la scène, n'accueillant que des corps et aucun décor, permet au spectateur de laisser libre cours à son imagination.

Le développement d'un espace mental

Peter Pan et Wendy s'envolent dans une danse légère et gracieuse. La danse revient dans une scène poétique et onirique : celle des sirènes. Un duo violon-danse, une lumière bleue et des masques. C'est tout. Et ça suffit.

Tout passe par le corps et l'imagination. Comme si nous regardions des enfants jouer et se raconter des histoires. La fée clochette est représentée par un laser violet et un bourdonnement, le crocodile par une lumière verte et des percussions. On a parfois l'impression de réentendre Pierre et le loup. Mais cette simplicité de mise en scène ne nous empêche pas d'avoir accès aux effets merveilleux du conte. La mort du Capitaine Crochet est incroyable : il se fait engloutir par la lumière verte.

« Ce monde imaginaire est un espace propice au théâtre puisqu'on y fabrique tout. Le pays du Jamais est une scène de théâtre ! », explique Gwendoline. C'est pourquoi les personnages peuvent être incarnés par des jeunes adultes. « C'est notre regard. On s'est approprié le conte et les personnages. Avec Peter Pan, on est libre de faire ce qu'on veut. Déjà parce qu'on est au théâtre, en plus parce qu'on est au pays du Jamais, enfin parce qu'on joue comme enfants ».


Un conte revisité

« En début de khâgne, j'ai lu le roman Peter Pan de James Matthew Barrie (1911). Depuis, je n'ai plus pensé qu'à ça. Après ma prépa, j'ai donc commencé à adapter le roman et la pièce du même auteur. Peter Pan, méfiez-vous des enfants tristes est née », se souvient Gwendoline.

Est donc née une pièce très réussie. Les comédiens de la Compagnie de L'Eau qui Dort sont très bons. Le trio d'enfants perdus est drôle, Mouche chante du Dalida, le Capitaine Crochet rit diaboliquement comme dans un dessin animé... La compagnie a réussi à saisir l'univers merveilleux du dessin animé, tout en le modernisant. On retourne en enfance, sans pour autant être infantilisé. Le roman de James Barrie, comme il l'a lui-même écrit, s'adresse « à tous ceux qui ont été enfants », mais également à ceux qui le sont aujourd'hui.

Les enfants perdus (Aymeric Poidevin, Nicolas Deconchat et Cyril Benoît)« Je déteste le dessin animé ! », s'exclame la metteur en scène. « Je le trouve niais ! Avec le roman, je me suis rendue compte que l'histoire de Peter Pan était sombre, profonde et multidimensionnelle ».

La force de cette pièce, c'est qu'elle intègre une réflexion critique au conte. Sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, bien sûr. Mais aussi sur la place des femmes dans le schéma familial.

« Les contes sont ancestraux ! Je suis persuadée qu'ils parlent à tout le monde, enfants et adultes. C'est comme une grotte avec plusieurs étages. On y entre et on prend l'étage qu'on veut. On lit la partie qui nous parle, ce qui nous fait écho ».

Avec Peter Pan, méfiez-vous des enfants tristes, n'importe quel spectateur passera un bon moment et choisira son prisme de lecture. La Compagnie de L'Eau qui Dort nous laisse libre et s'amuse à jouer comme des enfants qui jouent à être adultes... Ou comme des adultes qui jouent à être enfants.

Marion MAYER